Les annulés

2024-...

Tous les cinq ans, en France, le peuple est appelé à élire son·sa président·e. Des millions de français·es se rendent aux urnes pour y déposer leur voix sous la forme d’un bulletin. C’est ainsi qu’iels expriment leur souveraineté, comme cela se fait dans de nombreux pays du monde. Certaines personnes, au lieu de glisser un bulletin officiel intouché, le personnalisent, laissent l’enveloppe vide ou la remplissent d’autres choses. Blancs ou nuls, ces bulletins sont conservés en boîtes dans les centres d’archives départementaux. Les boîtes du Nord constituent l’objet d’un doctorat en arts plastiques débuté en 2024 sous la direction d’Arno Gisinger. Située à mi-chemin entre création plastique et littéraire, ma thèse prend diverses formes que je partage de diverses manières : écriture, exposition, conférence, lecture performée ou organisation d’atelier.

Bulletins annulés – élection présidentielle – France – 2012

Conservés aux archives départementales du Nord · Photographies : Leïla Pereira / Marie Bartkowiak

Linéaments – Repenser la recherche en art

nul autre
Installation composée d’un texte à mille voix, d’enveloppes légendées, d’images pliées, de gestes brodés et de collages.
Exposition collective, Galerie Commune, Tourcoing, France, mars/avril 2025.
Photographies : Anne Leroy

Je déclare le bureau        OUVERT
avez-VOUS quelque chose à déclarer ?
voulez-vous vous déclarer ?
le bureau le bureau
rien à voir avec le bureau doré de l’Elysée
ou le bureau ovale de la maison blanche
il est                      ouvert
ici le bureau des bulletins annulés
bureau des plaintes
bureau des chiens égarés / des chiennes   déboussolées
attention    chien méchant
des dizaines    des centaines de chiennes
perdues ?
enfin pas écrasées    pas encore écrasées

Polyphonies – A/R Paris-Montréal 

nul autre – Carishna – Chronique d’une image trouée
Installation composée d’un texte à mille voix, d’enveloppes légendées, d’images pliées, de gestes brodés, de collages et de 2 micro-éditions.
Exposition au CDEx, UQAM, Montréal, Canada, mars 2026.
Photographies : Corinna Kranig

Carishna

Auto édition · 20 pages
Texte-voix écrit à partir d’un bulletin annulé de 2002 : la carte de visite d’un établissement de tatouages et piercing lillois.

[extrait]
J’ai l’oreille qui bat au rythme du cœur, le tragus de mon oreille droite. Voilà ma peau et mon cartilage troués. La perforation prendra du temps à cicatriser, le temps pour les tissus de prendre une autre forme, d’admettre un corps étranger. La chair micro perforée, piquetée d’un nouveau “signe particulier”.
C’est ainsi que sont légendées certaines enveloppes annulées, les “signes particuliers” justifient le “nul”.
« AVIS AUX ÉLECTEURS –
POUR QUE LE BULLETIN DE VOTE QUE VOUS AVEZ CHOISI SOIT VALABLE,
VOUS NE DEVEZ Y APPORTER AUCUNE MODIFICATION ».
Tout à l’heure, aux urnes, à la place d’un bulletin, je déposerai la carte de visite.

[extrait]
Quel que soit le bord politique, les stratégies et les outils sont les mêmes.
Sur les panneaux cohabitent des personnages au sourire et au regard confiants. Ils sont sans mains, sans jambes, sans cheveux rebelles, rien pour y tendre des fils. Non pas théâtre de marionnettes, mais scène figée. Les images s’adressent à moi, cherchent à m’inclure d’un “nous”, m’invitent à faire le meilleur choix. je suis la marionnette que l’on cherche à animer.

Présentation et lecture de Carishna dans le cadre de la journée d’atelier « Ouvrir les boîtes, déplier les bulletins » organisée aux Archives départementales du Nord le 24 janvier 2026.

Chronique d’une image trouée

Auto édition : livre-affiche et cahier de 16 pages
Texte-voix écrit à partir d’un bulletin annulé de 2002 : une photographie érotique sur laquelle est intervenu un électeur. 

[extrait]
C’est l’histoire d’une photographie. Un cliché paru dans un magazine, ou plutôt une revue.
Cahier broché de mots et d’images, publication périodique et thématique à gros tirage. Coût de l’acquisition ? Quelques euros. Produit de haute valeur marchande mais d’une épaisseur négligeable. Reproduction dont le nombre peut être quantifié ; chose presque désuète, qui n’appartient pas encore à la toute-présence grouillante des algorithmes. Interface palpable, que l’on peut tenir, rouler, froisser, tourner, retourner, bazarder… Les yeux peuvent guider les mains qui la touchent, y voir une trame, un reflet, un pli.
C’est l’histoire d’une photographie détachée d’une revue de charme, produite à des centaines d’exemplaires, achetée par des gens, partout en France, à l’orée du xxie siècle. Sur la couverture : une femme nue. Vite saisie, glissée dans un sac opaque, une poche de plastique ou de pardessus. Et de retour au bercail, les pages tournées doucement par des mains, des tas de mains d’humains de sexe masculin. Pas de doute possible, c’est écrit dessus : magazine pour hommes.

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